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Le Figaro
Monica Bellucci : «Sex symbol, ça passera !»
Par Jean-Luc Wachthausen

Au téléphone, le tutoiement vient assez vite et le charme rauque de l'accent italien a de quoi faire fondre la ligne. Monica Bellucci est au bout du fil, disponible, simple, cordiale, drôle. Maîtresse de cérémonie de l'ouverture du festival, elle est aussi la diabolique Perséphone de Matrix Reloaded des frères Wachowski, présenté aujourd'hui hors compétition et, demain, sur six cents écrans français. Seule Européenne au côté de Lambert Wilson dans cette superproduction américaine, elle mène aujourd'hui une belle carrière internationale, passant de Bruce Willis à Mel Gibson. Brève rencontre par combinés interposés.

Vous étiez, hier soir, la maîtresse de cérémonie du festival et vous voici aujourd'hui dans la tenue en latex ou les tailleurs chics de Perséphone dans Matrix Reloaded. Qu'est-ce qui vous «impressionne» le plus ?
J'ai plus senti la pression, l'an dernier, lorsque je présentais le film très controversé de Gaspar Noé, Irréversible. Être maîtresse de cérémonie est une grande responsabilité parce que tu ne peux pas te permettre de te tromper, moins pour soi que pour les autres. Il faut en quelque sorte s'effacer. Dans le cas de Matrix, je fais plutôt partie d'une grosse machine.

Pourtant, vous avez un rôle qui ne passe pas inaperçu, défini comme «le sexe et la mort dissimulés dans une femme d'affaires en tenue de latex...».
Oui, mais cela reste un rôle au milieu des autres, je fais partie d'un ensemble, le film ce n'est pas moi. La vedette de Matrix, c'est le film. Même si c'est un second rôle, j'ai tout de même l'opportunité de jouer quelque chose de fort, d'amusant et de dramatique.

On dit déjà que votre apparition va faire sensation...
Ce qui va marquer, c'est le moment où Lambert Wilson et moi-même sommes à l'écran, le moment où on est tous les deux ensemble avec, bien sûr, les autres, Keanu Reeves, Laurence Fishburne et Carrie-Anne Moss. Les frères Wachowski ont beaucoup de talent et ont multiplié les scènes spectaculaires. C'est un vrai jeu, plein d'effets spéciaux. Je dois dire que j'aurais bien aimé jouer des scènes de kung-fu, mais ce n'était pas prévu.

En somme, un rôle moins lourd, moins scandaleux que celui de la femme violée d'Irréversible qui a pas mal remué la Croisette, l'an dernier ?
Bien sûr, mais Irréversible m'a tellement apporté. Et je dois remercier Cannes dans le sens où c'est un festival où vraiment tout est possible. C'est un festival qui représente la liberté d'esprit et la preuve est qu'un film aussi controversé et particulier qu'Irréversible a la possibilité d'être retenu en compétition. C'est grâce à Cannes que ce film a eu une belle carrière internationale.

Matrix est-il une sorte de ticket gagnant pour votre image internationale ?
C'est sûr que c'est un film que l'on attend : c'est incroyable comme tout le monde désire voir ce film adulé par la jeune génération. Du coup, c'est quelque chose qui échappe même à toutes les prévisions, ne serait-ce qu'au niveau du coût. Pour moi, c'est donc intéressant de faire partie de ce projet. Mais avec toute l'humilité possible, car – je le répète – je fais partie d'un ensemble et le film ne repose pas du tout sur moi.

Depuis votre premier passage à Cannes dans Suspicion, avec Morgan Freeman et Gene Hackman, sentez-vous une accélération formidable dans votre carrière ?
Cannes m'a porté chance et continue de me porter bonheur (rire). La première fois, c'était une expérience inoubliable parce que j'avais travaillé avec des acteurs magnifiques qui m'ont vraiment beaucoup apporté, ne serait-ce qu'au niveau humain.

Ex-mannequin, avez-vous eu du mal à vous imposer dans le milieu du cinéma ?
C'est vrai que j'ai eu du mal au début : je venais du monde de la mode, et on a toujours tendance à nous regarder d'une certaine manière. En même temps, je me dis que c'est allé assez vite parce que mon premier film, L'Appartement, m'a ouvert des portes. C'était en 1996. Et en sept ans, j'ai fait beaucoup de choses. Même si je reconnais que pour faire carrière dans le milieu artistique, tu ne peux pas te reposer sur tes lauriers...

On vous qualifie souvent de sex-symbol, ça vous agace ou ça vous amuse ?
Je me dis que ça passera, c'est une question de timing (rire). Dans quelques années, ce sera fini. C'est un truc éphémère, qui influence ce moment précis de ma vie.

Vous symbolisez tout de même la beauté italienne, dans la lignée d'une Sophia Loren, d'une Claudia Cardinale ou d'une Gina Lollobrigida. Est-ce un défi à la mesure de votre ambition ?
Moi je dis toujours que ce sont les femmes qui m'ont fait rêver. Cardinale, Loren ont à l'écran une telle force, une telle présence physique. Elles m'ont inspirée. Et vraiment, aujourd'hui, je crois que c'est difficile de leur succéder ou de répéter ces carrières-là. C'est impossible de dire des choses sur soi-même. Moi, tout ce que je peux dire, c'est que le cinéma italien m'a fait rêver. Parce que je suis italienne, c'est ma culture. Au même titre qu'une actrice française est imprégnée de Godard ou Truffaut.

Apparemment, la France vous a rapidement adoptée, non ?
La France, c'est un pays qui m'étonne beaucoup. D'abord, elle m'a donné un mari (Vincent Cassel, NDLR), puis une carrière qui m'a ouvert les portes au niveau international. C'est vrai qu'aujourd'hui je vis plutôt entre Londres, l'Italie, Paris et l'Amérique. Mais la France garde une grande place dans mon coeur, c'est mon deuxième pays.

Justement, vous tournez actuellement Agent secret avec Vincent Cassel. Avez-vous le temps de vous voir en dehors du travail ?
On voyage beaucoup et on ne se voit pas souvent, mais là on tourne un film ensemble entre la Suisse, le Maroc et l'Espagne. On a donc quand même le temps d'être ensemble. Mais c'est vrai que ce n'est pas facile de concilier travail et vie privée.

Quelle impression gardez-vous de vos tournages avec Bruce Willis et Mel Gibson ?
L'Amérique c'est vraiment une autre manière de travailler. Quand l'on est devant la caméra, ça ne change pas beaucoup parce que l'on joue. Mais l'expérience américaine, pour nous Européens, c'est quelque chose de particulier. Les rapports entre les gens sont plus «business» qu'en Europe. il faut vraiment avoir une âme de guerrier pour travailler là-bas.

L'avez-vous, cette âme de guerrier ?
Je ne sais pas. Je pense que je vais continuer de tourner dans des films américains tant que j'ai des rôles intéressants. Mais je suis d'abord européenne, et c'est très important pour moi de continuer à faire des films européens. La preuve est que le dernier film dans lequel j'ai joué est italien. C'est un film de Muccino intitulé Riccordati di me («Souviens-toi de moi») qui va bientôt sortir en France et qui a eu beaucoup de succès en Italie.


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