Le Figaro Etudiant
Monica Bellucci, à l'affiche de "Suspicion"
Par Céline Fontana
Après un passage relativement bref sur les écrans américains (Dracula de Francis Ford Coppola), Monica Bellucci retrouve les tournages en anglais, forte d'une expérience française des plus variées : L'Appartement, Dobermann, Mauvais genre...
Avec Suspicion, la belle italienne, ex-mannequin, est entourée de deux acteurs américains de poids : Gene Hackman et Morgan Freeman. Elle vient aussi de terminer Malèna de Giuseppe Tornatore, le très attendu Pacte des loups de Christopher Gans et tourne Astérix et Obélix : mission Cléopâtre sous la direction d'Alain Chabat.Rien que ça !
Que pensez-vous de Garde à vue de Claude Miller dont Suspicion est un remake ?
Ce film est un classique ! Vingt ans après, il reste vraiment moderne. J'étais très touchée par la manière mystérieuse qu'avait Romy Schneider d'exister à l'écran dans ce rôle. Sa façon de fumer, tout. Il y a des choses qui m'ont inspiré mais la différence entre Suspicion et Garde à vue se trouve dans les rôles féminins. Dans Garde à vue, la femme déteste son homme. Dans Suspicion, il s'agit d'une femme qui projette sur les autres ses propres peurs. A travers elle, le film est aussi une histoire d'amour.
C'est un film assez masculin, un rapport de force entre deux acteurs américains... Comment êtes-vous parvenue à trouver votre place ?
C'était mon premier film en anglais. J'étais très intimidée car, même si je parle cette langue depuis plusieurs années, il est très différent de parler ou de jouer. Déjà, lire le scénario avec eux me faisait très peur.
Mais j'ai eu affaire des acteurs généreux, ouverts, qui avaient l'air d'être contents que je sois là. Ils ont rendu les choses beaucoup plus faciles. Depuis ce film, je me sens plus forte. Maintenant, aucun acteur ne me fait plus peur.
Dans quel état d'esprit avez-vous tourné ?
Cela faisait quinze ans que Gene Hackman cherchait à monter ce film. Il est fou de Michel Serrault. Nous aimions tellement Garde à vue que l'on a eu envie de le refaire. C'est un hommage et aucun d'entre nous ne se disait que l'on ferait mieux : c'est impossible !
Il s'agit de votre seconde incursion dans le cinéma américain. Avez-vous l'intention d'y tenter une percée ?
C'est une bonne chose de m'ouvrir au marché américain mais je ne suis pas du tout pressée. Pour une actrice européenne, il est très important de garder sa propre identité et il est plus facile ici d'obtenir de vrais rôles. Quant à 'Italie, c'est mon pays, ma terre, ma culture et je souhaite aussi raconter ça. Je n'ai pas envie d'accepter un film uniquement parce qu'il est américain. Je travaille plus d'instinct.
N'est-ce pas agaçant pour une jeune fille qui suit des cours de comédie au conservatoire de voir de plus en plus de mannequins au cinéma ?
Je m'étonne surtout que l'on choisisse des filles dans des bars pour
faire un film d'auteur et que tout le monde ait le sentiment d'une grande découverte: « C'est génial ! Tu te rends compte, elle travaillait dans un bar ! Tu imagines le talent qu'elle possède. Elle a un truc naturel super beau. Si c'est un mannequin, habitué à faire des photos, on a du mal à dire qu'elle est géniale même quand elle est vraiment très bien. La mode, la beauté et l'indépendance économique : c'est trop pour certains. Du coup, pour son premier film, on attaque le mannequin comme si elle était Glenn Close ! La beauté génère la haine. Il n'y a pas d'autre explication. Si tout le monde te veut, ça ne veut pas dire que tu es la plus grande comédienne du monde mais en tout cas que tu as quelque chose. C'est au-delà de la manière de jouer.
Comment avez-vous fait votre apprentissage ?
Il n'y a pas de secret. Derrière une carrière, quelle qu'elle soit, il y a énormément de travail. Je crois beaucoup aux cours de comédie car, lorsque l'on travaille à l'instinct, on risque de se répéter. Les cours aident à découvrir des choses sur soi, à aller plus loin. Je passe d'un tournage à l'autre et, par moment, je sens un manque. J'ai l'impression d'être vidée et j'aimerais bien prendre des cours pour me rafraîchir.
Vous avez étudié le droit ?
J'ai eu mon bac, je me suis inscrite en droit à l'université et j'ai tout de suite commencé à travailler comme mannequin... Quand on rencontre une jolie femme qui dit « Voilà, je suis mannequin, je suis actrice », ça fait cliché, c'est banal. Alors que si on rencontre une jolie femme jeune femme avocate ou scientifique, c'est toujours plus étonnant.
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